Les négociations sur la stratégie européenne en matière d’élevage au sein de l’EBAF sont compromises avant leur début : la Commission met la table avec les intérêts des grandes entreprises

Les négociations sur la stratégie européenne en matière d’élevage au sein de l’EBAF sont compromises avant leur début : la Commission met la table avec les intérêts des grandes entreprises

La stratégie de l’UE en matière d’élevage, attendue pour la mi-2026, façonnera le système alimentaire européen, les écosystèmes, la santé publique, les normes de bien-être animal et les moyens de subsistance des agriculteurs pendant des décennies. Dans ce contexte, il est alarmant que les membres de l’EBAF aient été informés vendredi après-midi dernier que la Commission avait décidé unilatéralement d’inviter huit représentants supplémentaires du secteur de l’élevage industriel, une organisation faîtière à but non lucratif et deux groupes de réflexion (IDDRI et Farm Europe) à la session plénière très remplie. Cela soulève des questions sur la qualité du débat et des délibérations « stratégiques ».

La Commission décrit ces invités comme « huit organisations sectorielles » et les considère comme des « experts externes », leur offrant ainsi la possibilité de partager leurs points de vue lors de la réunion. En réalité, la liste est dominée par les intérêts des grandes industries de la viande et des produits laitiers. Ce choix fait ouvertement pencher la discussion en faveur du Big Business et domine l’espace qui était censé être un échange équilibré et fondé sur la confiance.

Cette décision va directement à l’encontre de l’objectif stratégique déclaré de l’EBAF. Le Conseil a été créé à la suite du dialogue stratégique sur l’agriculture et l’alimentation lancé par la présidente de la Commission von der Leyen en 2024, qui promettait de « dépolariser le débat agroalimentaire » et de construire une nouvelle culture de confiance et de dialogue inclusif. Au lieu de cela, des décisions opaques de dernière minute qui amplifient encore davantage les voix déjà puissantes de l’industrie sapent sérieusement la confiance dans cette Commission et donnent du poids aux inquiétudes selon lesquelles la politique agroalimentaire de l’UE est de plus en plus façonnée par les intérêts des entreprises.

Pressée, la Commission s’est contentée de répéter que ces participants sont des « experts externes ». Cette affirmation ne résiste pas à un examen minutieux. Ces mêmes acteurs de l’industrie sont déjà formellement représentés au sein du Axe de travail sur l’élevage mis en place dans le cadre de la Vision pour l’agriculture et l’alimentation par le commissaire Christophe Hansen, où ils bénéficient d’un large accès aux décideurs politiques et d’une influence sur les résultats. De plus, la plupart de ces lobbies sont également membres d’organisations membres de l’EBAF, ce qui signifie que leurs intérêts sont déjà représentés dans cet espace. L’EBAF était censé être différent, un espace de discussions plus approfondies, plus stratégiques et plus équilibrées.

Si la Commission souhaitait réellement une expertise indépendante, elle aurait pu inviter des autorités vétérinaires, des conseils alimentaires territoriaux, des évaluateurs d’impact environnemental ou des scientifiques indépendants, dont les points de vue restent parmi les moins pris en compte dans les décisions ayant des impacts bien au-delà du secteur de l’élevage. Les acteurs du petit élevage et les paysans restent sous-représentés. Les intérêts commerciaux, aussi légitimes soient-ils, ne peuvent remplacer les experts indépendants.

Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. L’Europe est confrontée à des crises croisées, à l’effondrement de la biodiversité, à la dégradation du climat, aux risques pour la santé publique, à la détérioration des normes de bien-être animal et à une pression croissante sur les revenus des agriculteurs et la résilience agricole. On a promis aux citoyens de toute l’Europe une élaboration de politiques fondées sur des données probantes, qui apporterait des solutions, et non des discours, des excuses, et non une captation discrète des décisions politiques de l’UE par des entreprises irresponsables.

Les organisations soussignées restent engagées dans un processus EBAF constructif et équilibré. Mais cela ne sera possible que si la Commission rétablit la transparence, l’équilibre et la confiance. La surreprésentation des intérêts industriels alimentaires et agricoles dans un forum où ils sont déjà représentés sape fondamentalement le débat fondé sur des preuves et remet en question les intentions de la Commission à un moment critique.

Signé par : Agroécologie Europe, Birdlife Europe et Asie centraleEurogroupe pour les animaux, Bureau européen de l’environnement et Unité européenne de Greenpeace.

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